Prise de parole de Corinne Lepage

Ancienne ministre de l’écologie, ancienne députée européenne, présidente du Rassemblement citoyen Cap 21 au petit-déjeuner HD20 du 13 janvier

Corinne Lepage c’est 40 ans d’activité dans l’environnement : ministre d’ Alain Juppé, avocate spécialisée dans le droit de l’environnement, engagée auprès des collectivités locales dans l’affaire de l’Amoco Cadiz, de l’ Erika, auprès des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer, auteure de rapports auprès des ministres de l’environnement Jean-Louis Borloo puis Ségolène Royal.

 

Marc Fraysse et Pascal Roger membres fondateurs de l’ « Association Horizon Durable 2020 », share tank qui met en relation des industriels, des collectivités territoriales, des universités, des acteurs du tertiaire privé, des acteurs de l’état, l’ont invitée en ce début d’année 2016.

Corinne Lepage annonce tout de go le nouvel enjeu de la planète : « gérer le développement du monde, au-delà des clivages habituels, avec les attentats

terroristes ». On peut se poser la question : s’agit-il d’un « changement géologique » ?

Il n’est pas simple de « penser économie, écologie, société et terrorisme ». Il faut donc rester ferme sur « les valeurs fondamentales » pour passer le cap.

Il y a 20 ans quand elle était aux commandes du ministère de l’environnement elle agissait sur des « questions sectorielles, risques industriels, pollutions des sols, de l’air ». Elle avait fait voter une loi sur l’air jamais appliquée par ailleurs,ce qui illustre bien « le folklore français ».

Aujourd’hui la donne a changé avec les « 2 tsunamis de l’environnement et du digital ».

Pour le rapport remis à Ségolène Royal dans le cadre de la COP21 elle s’est entourée de 35 personnes, industriels, spécialistes du numérique, journalistes, économiste, médecin… pour réfléchir à « ce qui fait obstacle » à « une économie connectée, territorialisée, ni fossile,ni fissile ». Pour aboutir à « 100 propositions pour les collectivités, l’état (20), les entreprises, les citoyens ». « S. Royal ayant modérément apprécié le rapport pas suffisamment laudatif ! »

Pour l’ex ministre, la COP21 a été « très intéressante » car elle a abouti à « un projet d’accord ». Alors que « les intérêts des îles de l’Asie du Sud-Ouest qui sont en train de plonger et du Vénézuela et de l’Arabie Saoudite (puissances pétrolières) ne sont pas convergents ». Mais aucun engagement contraignant n’est imposé. La « clause de se revoir tous les 5 ans » est actée. « La direction planétaire » est donnée « pour réduire les gaz à effet de serre ». Maintenant « il faut que 55 pays au moins signent ». Cependant passer de 2° à 1,5° est impossible et on va plutôt vers 3° ! Les 100 milliards de dollars du fonds vert ne sont pas suffisants, ce sont « 500 milliards qui sont nécessaires » pour certains et pour le financement on ne sait toujours pas comment il va se faire : « le chiffre de l’OCDE pour 2020 s’élève à 85 milliards » grâce au recyclage et au prix du carbone ( « la taxe financière » étant « impossible à mettre en place »).

Corinne Lepage qui a participé à 5 COP indique que « dans les grandes messes climatiques » il ne faut pas ignorer « les postures ». La Chine quand elle a eu « des positions trés dures » concernant les énergies fossiles « il y a 3 ans, était le premier vendeur de renouvelable et multipliait les installations chez elle ».

En 2015 il y a eu « moins d’investissements dans le pétrole ». Début 2016  » le prix du baril de pétrole est à moins de 30 dollars ». « Certains proposent de fixer le baril à 50 dollars, la différence de 30 à 50 permettant d’alimenter un fonds ». Le prix des matières premières suit le prix du pétrole et  » la réutilisation des matières premières n’est plus intéressante », ce qui est catastrophique. Mais on peut noter que « les investissements dans le solaire ont été colossaux ces 2 dernières années ».

Il y a dans le monde de grands changements qu’il faut prendre en compte. La Californie se transforme avec le constat qu’ « il n’y a plus d’eau depuis 5 ans ». « Total a construit au Texas un des parcs solaires les plus vastes du monde ». « En Afrique qui compte 1 milliard d’habitants, 2 milliards en 2050 ( pour 650 millions en Europe), le projet de Jean-Louis Borloo est intéressant quand on sait l’importance du nombre de téléphones portables et des « remplisseurs » de portables au nombre de 1 million et demi qui se déplacent de village en village ».

Pour nos pays, l’économie de partage, l’économie circulaire, de fonctionnalité, l’ubérisation de l’économie, l’économie sociale et solidaire sont à prendre en compte également.

En juillet 2015 une conférence sur la finance carbone a eu lieu à Paris, sur l’exposition des entreprises à la taxe carbone, les relations des entreprises et du fossile, les risques( la loi française a introduit le risque carbone). Corinne Lepage préside depuis peu  » 2 degrees investing initiative » qui travaille sur « l’évolution financière du risque carbone », en un temps où « des grands organismes se retirent des investissements charbon et pétrole par la suite ». « Un mouvement a été également créé pour les entreprises de la nouvelle économie, en octobre 2015, touchant 4500 entreprises dans le textile, la chimie,les medias ; les services, les transports… »

Il est donc d’autant plus à déplorer que sur la question écologique  » il n’y a rien actuellement dans le budget 2016″, que « sur le terrain les actions sont menées à petite échelle et non à grande échelle ».

Et que dire du nucléaire, « un boomerang que nous allons prendre dans la figure », d’abord avec « la question financière »( où trouve-t-on l’argent ?), « les problèmes d’Areva non réglés », « les règles de sécurité changées au 3/1/2016 sur la sûreté des réacteurs », « Flamanville pas dans les clous », « le prix du nucléaire en hausse », « l’état qui pompe tout ce qu’il peut sur les entreprises publiques ». Que dire de « la hausse de nos importations énergétiques »….